En écho avec L’Horizon d’une prairie et l’installation singulière d’Emmanuel Louisgrand dans le hall musée et à ses abords, la bibliothèque Jean Laude propose une exposition de livres d'artistes autour de la nature, Echos Végétaux. La publication d'Alessandra Calò, Herbarium, I fiori sono rimasti rosa, y est présentée à cette occasion.
L'édition
L'édition comporte 16 impressions, réunies dans un dossier en carton fin, ressemblant à du craft, et sur chacune d’elle, trois superpositions différentes : une photographie de mains, une photographie d’une plante, et quelques lignes d’une écriture manuscrite.
Sur la couverture du dossier, un tirage un peu déchiré et jauni dans un petit format, ou l’on ne voit qu’un végétal : une fougère, plante commune et très résistante.
L'artiste
Alessandra Calò, artiste italienne, est née en 1977 à Taranto, en Italie, et vit aujourd’hui à Reggio d’Emilie. Elle est photographe autodidacte et traite de thèmes liés à la mémoire, l’identité, la relation entre l’homme et la nature, à travers des images, livres d’artiste et installations. (Site de l'artiste : https://alessandracalo.it/)
Sa recherche est axée sur la réinterprétation de documents d’archives, non pas en tant que vision nostalgique du passé mais comme nouvelle vision de la réalité. Elle travaille ainsi avec des photographies trouvées et des textes littéraires, et construit des récits résultant de combinaisons d’images et de textes, qui donnent naissance à une nouvelle image.
Alessandra Calò superpose, sans caméra, mais grâce à des techniques anciennes de photographie axées sur l’impression par l’empreinte. Ses photos relèvent d’un processus long, et elle affectionne les images latentes, le temps suspendu lorsqu'elles ne sont pas encore révélées. Ses photographies sont d’une grande densité, aux contrastes doux, à l’aspect comme vieilli et jauni.
Une écriture calligraphiée
Les notes manuscrites que l’on distingue sur les tirages ont été écrites par Antonio Cremona Casali au XIXe siècle. Fasciné par la collection de Filippo Re, un naturaliste du XVIIIe siècle, il a lui aussi, lorsqu’il était enfant, constitué un herbier. Alessandra Calò a été séduite par la spontanéité de la collecte de fleurs de ce petit garçon, sa curiosité et son intuition qui ne connaissaient pas encore la rigueur de la science.
C’est en effet ce qui intéressait l’artiste : observer la nature dans ses formes diverses, les herbes sauvages, la nature environnante qu'on trouve entre les pavés, dans les parcs et jardins, sur le bord de la route, dans notre univers quotidien. Elle a cherché à concevoir un herbier élargi à l’imperfection, la fragilité et la marginalité, où les plantes récoltées sont des « mauvaises herbes », habituellement arrachées.
Des mains photographiées
L’herbier étant un objet de répertoire et de conservation, la question est ici de prendre soin de ce qui ne répond pas aux critères de beauté et de celle-ci trouver dans les petites choses. En effet, cette œuvre s’est inscrite dans le projet Incontri ! Arte e persone (Rencontres ! Art et personnes) pour la diversité et l’inclusivité de Reggio d’Emilie, la ville qu’elle habite.
Elle a été réalisée lors d’un voyage commun de quatre mois de personnes en situation de handicap, qui ont elles-mêmes récolté les végétaux. Alessandra Calò a pris en photo leurs mains lors de ces cueillettes, et les a superposées aux notes d'Antonio Cremona Casali ; elle témoigne ainsi du passage de la pensée à la création.
Des empreintes d'herbes
Les plantes ont été photographiées au moyen du photogramme. Ne nécessitant pas de caméra, c’est une impression lumineuse sur du papier photosensible, sur lequel l’objet est posé. Cette technique ancienne fonctionne comme une empreinte, laissant sur le papier les traces des végétaux à travers les mains qui les ont portés.
Cet herbier en négatif propose une lecture portant autant sur les plantes que sur les personnes qui les ont cueillies et se place en tant qu’œuvre d’art participative à la valeur sociale et sensible. Elle invite ces derniers à découvrir les origines de la photographie. Ils ont travaillé avec elle dans une chambre noire installée au Palazzo dei Musei, le lieu où sont conservés les herbiers d’Antonio Cremona Casali, à Reggio d’Emilie.
Images transparentes
Ainsi, Alessandra Calò réalise un geste d’attention, de soin, de choix, et évoque en réunissant plusieurs images un processus de travail, de la capture photographique à l’impression.
La lecture qu’on en fait est avant tout symbolique et compose une histoire où s’entremêlent les différentes images superposées. Alessandra Calò tisse par transparence une manière de passer de l’esprit aux mains, par la lumière et l’image fluctuante.
Les images sont comme un miroir, où chacun peut trouver quelque chose.Alessandra Calò
exposition échos végétaux
Herbarium, I fiori sono rimasti rosa est présenté lors de l'exposition Échos végétaux, du 3 avril au 31 mai 2026 à la bibliothèque Jean Laude, située au 1er étage du musée.
Cette édition fait partie des acquisitions 2025 de la bibliothèque dont certaines sont à découvrir à l’occasion de cette exposition.

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