Le MAMC+ accueille la rétrospective itinérante d’Hassan Sharif (1951-2016), rassemblant de manière exceptionnelle plus de 150 œuvres de cet artiste émirati, rarement exposé en France.

Né en Iran, ayant étudié à Londres et vivant à Dubaï, Hassan Sharif est un pionnier de l’art conceptuel au Moyen-Orient. Artiste, enseignant, critique, il concourt à changer le paysage artistique de son pays pour l’affranchir de la calligraphie traditionnelle et demeure un des artistes les plus influents du monde arabe.

Durant quatre décennies, Hassan Sharif développe un important corpus d’œuvres : dessins, peintures, performances, sculptures et installations. Contrepied à cette foisonnante production, le titre de l’exposition (I am The Single Work Artist [Je suis l’artiste d’une œuvre unique]) suggère que cet ensemble doit être compris comme un seul geste conçu dans la durée et la répétition.

La pratique d’Hassan Sharif évolue dans un contexte économique et social bouleversé par la découverte du pétrole, sa commercialisation dans les années 1960 puis la création des Émirats Arabes Unis en 1971. Son œuvre est marquée par la transformation accélérée d’un modeste territoire en mégalopole de luxe. Il critique cette modernisation à marche forcée au fil de ses caricatures publiées jusqu’en 1979, date à laquelle il se concentre sur sa pratique artistique. Sa formation londonienne ouvre son regard sur l’art constructiviste britannique, l’art minimal et Fluxus, dont il combine habilement les influences. Ses performances dans le désert de Hatta, au début des années 1980, figurent parmi les premiers gestes conceptuels dans le Golfe : sauter, jeter une pierre, enregistrer un rocher, disparaître derrière une dune... Des photographies, des collages ou des écrits documentent ses actions, dans sa cour intérieure, dans un taxi ou dans les souks.

Organisant des expositions éphémères et subversives avec le collectif de l’Atelier Al Mureijah, il porte peu à peu un intérêt aux matériaux et objets de pacotille, qu’il trouve en quantité croissante sur les marchés. Procédant par accumulations, découpages, tressages, assemblages, il développe un pan majeur de son travail qu’il qualifie d’"archéologie urbaine". À partir des années 2000, alors que ses installations deviennent monumentales, il reprend sa pratique picturale, qu’il agrémente des mêmes objets de la vie quotidienne. Le style grotesque et la touche expressionniste illustrent autrement, avec réalisme, une société de consommation aux codes grossiers.

Parallèlement à ces installations, Hassan Sharif développe un travail plus ascétique et graphique tout aussi répétitif : les "semi-systèmes". À partir de calculs mathématiques, il se fixe des règles pour créer des dessins géométriques, en d’infinies colonnes de lignes et de droites segmentées. Il laisse la fatigue et l’ennui le gagner pour y introduire des erreurs, laissées visibles. À l’image de son œuvre, les semi-systèmes exposent une confrontation à l’autorité et les moyens d’y échapper.

La démarche d’Hassan Sharif trouve un écho dans de nombreux positionnements artistiques occidentaux des années 1970 et 1980. Dans le prolongement de l’exposition, deux salles sont consacrées aux collections du MAMC+, s’arrêtant en particulier sur l’art minimal, Fluxus, la performance ou Supports/Surfaces.

Cette exposition itinérante a été présentée à la Sharjah Art Foundation, au KW Institute for Contemporary Art à Berlin et à la Konsthall de Malmö.

Un catalogue monographique, en anglais et arabe (320 pages), édité par la Sharjah Art Foundation et Koenig Books en 2020, accompagne l’exposition.

Hassan Sharif est né en Iran en 1951 et décède à Dubaï en 2016. Dans les années 1970, il est caricaturiste pour le journal Akhbar Dubai. Au début des années 1980, il part étudier à Londres, à la Byam Shaw School of Art. Après avoir obtenu son diplôme en 1984, il retourne s’installer dans les Emirats et organise ses premières expositions, fonde plusieurs associations d’artistes, tout en poursuivant sa pratique et une activité de critique d’art. Son travail a été présenté à l’occasion d’expositions collectives dont la Whitechapel Gallery à Londres et le New Museum à New York. Il fut également exposé à deux reprises dans le pavillon des Émirats Arabes Unis de la Biennale de Venise en 2009 et 2015. Ses œuvres font partie des plus grandes collections publiques telles que le Guggenheim New York, le Guggenheim Abu Dhabi, le Centre Pompidou, la Tate Modern ou le Mathaf : Arab Museum of Modern Art à Doha. Il est représenté par la galerie gb agency à Paris.

Commissariat

Hoor Al Qasimi
Directrice de la Sharjah Art Foundation

Aurélie Voltz
Directrice du MAMC+

Partenaires