Le projet E-LRO, une immersion artistique pour les élèves
Depuis plusieurs années, le dispositif E-LRO – Espace et Lieu de Rencontre avec les Œuvres permet aux élèves de découvrir l’art contemporain autrement. L’objectif est de dépasser la simple visite d’exposition pour offrir une expérience active : les élèves deviennent à la fois commissaires d’exposition, interprètes et médiateurs pour leurs camarades. Le temps du projet, l’établissement scolaire se transforme en espace d’exposition.
Ce projet s’inscrit dans une collaboration qui se poursuit depuis plusieurs années entre les établissements scolaires et le musée. La première édition débute en 2024, au moment de l’annonce d’une exposition rétrospective consacrée à l’artiste Alison Knowles, figure majeure du mouvement Fluxus. Réalisé avec une classe de terminale spécialité arts plastiques du lycée du Forez à Feurs, le projet se déroule dans un contexte particulier : le musée est alors temporairement fermé pour travaux.
Pour maintenir le lien avec le public, une programmation hors-les-murs est parallèlement mise en place autour du mouvement Fluxus. Les élèves travaillent alors à partir de deux œuvres de la collection : Water Yam de George Brecht et A Great Bear Pamphlet d’Alison Knowles. L’expérience est renouvelée en 2025 avec les élèves de spécialité histoire des arts du lycée Honoré d’Urfé. Le 8 novembre 2025, l’exposition ouvre finalement ses portes et le dispositif E-LRO se poursuit avec une nouvelle classe : cette fois-ci, ce sont dix élèves de 4e en classe européenne anglais du collège Jules Vallès qui découvrent Fluxus.
Découvrir Fluxus pour imaginer ses propres performances
Au cours du projet, les élèves découvrent plusieurs performances présentées dans l’exposition consacrée à Alison Knowles : Bean Garden, Celebration Red ou encore les différentes performances activables dans l’espace de médiation de l’exposition. Le travail se déroule sur six séances et s’organise en trois grandes étapes :
- découvrir et activer des performances Fluxus,
- imaginer et créer leurs propres performances,
- réfléchir à la manière de les exposer et de les transmettre au public.
Les élèves découvrent notamment avec les event scores, partitions caractéristiques du mouvement Fluxus. Ce sont des instructions très courtes qui décrivent une action à réaliser et laissent une grande liberté d’interprétation. Les élèves apprennent ainsi à distinguer une note d’intention, qui explique une démarche artistique, d’un event score, beaucoup plus minimaliste et ouvert. Par groupes, ils choisissent ensuite eux-mêmes les partitions qu’ils souhaitent réactiver et deviennent eux-mêmes interprètes. Deux groupes ont notamment interprété les performances du Water Yam de Georges Brecht.
Cette année, le projet prend également une dimension bilingue. La visite de l’exposition d’Alison Knowles se déroule en anglais et les élèves rédigent leurs event scores à la fois en français et en anglais. Ce travail de traduction et d’adaptation fait écho à la logique de la performance, qui sont constamment réinterprétées. Parmi les actions imaginées, un élève a par exemple créé « Gagne la course », où plusieurs participants choisissent un objet du quotidien avant de se lancer dans une courte course jusqu’au bas d’un escalier.
Comment exposer et partager une performance ?
Le projet comprend également un travail d’écriture. Les élèves rédigent leurs event scores en français et en anglais, ce qui leur permet de formaliser leurs idées et de réfléchir à la manière dont une action artistique peut être transmise à d’autres. Cette étape est essentielle, car dans l’esprit Fluxus, la partition écrite est souvent ce qui permet à la performance d’être rejouée par d’autres participants.
Une question essentielle s’est rapidement posée : comment conserver la trace d’une performance, qui par définition est un événement éphémère ? Pour répondre à cette problématique, les élèves explorent différents moyens de documentation. La vidéo devient le support principal : ils apprennent à manipuler le matériel de captation et réalisent eux-mêmes les enregistrements de leurs performances.
Lors de la dernière séance, les élèves participent au montage de l’exposition et préparent la médiation qu’ils assureront eux-mêmes. La restitution finale se déroulera exceptionnellement à la Médiathèque de la Ricamarie. À cette occasion, les collégiens activeront leurs performances devant le public et expliqueront leur démarche, devenant ainsi les passeurs de leur propre expérience artistique.
Les élèves sont devenus artistes, écrivains, metteurs en scène et acteurs. Encadrés par leurs professeurs et les médiatrices du musée, ils ont découvert les performances de George Brecht et Alison Knowles avant de créer leurs propres propositions, et les ont partagé lors d’une restitution le 14 mars.

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