Un mélange d'empreintes

Dans son œuvre 16 Pagine, Penone inscrit pleinement sa démarche artistique autour de l'empreinte et du frottage. Présentée sous la forme d'un leporello, elle rassemble des photographies vernies d'un herbier, accompagnées d'un texte de l'artiste en italien et de sa traduction française.

Cet ouvrage évoque à la fois un carnet d'observation et un journal de traces. Mais au-delà d'une simple collecte de plantes, l'artiste propose ici un dialogue entre les empreintes de son corps et celles des végétaux, où les traces se confondent et se mélangent.
 

J'ai ramassé de l'herbe et des feuilles le long des routes que j'ai parcourues me couvrant de poussière. Les feuilles ramassées ont des bifurcations, des intersections, des structures à dessins cruciformes comme la forme de notre corps, comme le tissu des routes.
Giuseppe Penone

À travers cette œuvre, la surface de la peau et les nervures des feuilles deviennent des matrices capables de produire des images. Avec 16 Pagine, Penone propose une écriture sans mots, où le signe se crée par le contact physique plutôt que par le langage. Ainsi, la mise à plat du corps transforme la peau en surface d’inscription, au même titre que la feuille. Peu à peu, la peau devient végétale, et l’on en vient à confondre l’empreinte humaine avec celle de la plante.

Média

Le frottage : rendre visible l'invisible

Cet ouvrage fait écho à l’histoire de l’art de l’empreinte, qui remonte aux pratiques primitives avec les peintures de mains en négatif dans les grottes. Chez Penone, l’empreinte n’est pas seulement une trace, elle est une preuve de présence et de passage du corps dans le monde.

L’œuvre mobilise également le principe du frottage, une technique qui consiste à révéler les textures d’une surface en appliquant un support (papier, toile) et en y déposant un pigment par frottement. Dans 16 Pagine, le frottage révèle les nervures des feuilles et les plis de la peau.

Giuseppe Penone s’intéresse à la nature non seulement comme motif, mais également comme matériau. Il ne la transforme pas, cherchant au contraire à révéler les similitudes entre le corps humain et le monde végétal.

Ainsi, 16 Pagine apparaît comme un espace où se rencontrent le corps et la plante, le récit et l’empreinte. Avec des techniques simples comme le frottage et l’impression, Penone nous invite à réfléchir à notre rapport au vivant comme une continuité sensible, présente dans chaque trace.

J’ai toujours essayé d’entretenir une relation paritaire avec la nature. Ne pas forcer la matière mais travailler avec, en révéler certains aspects. C’est tout le sens de mon travail sur les empreintes, sur le frottage. Le frottage c’est comme toucher quelque chose, rendre visible la matière qu’on touche.
Giuseppe Penone
Média

« Une Rêverie émanée de mes loisirs », la collection bibliophilique d'Yvon Lambert

Acteur majeur de l'édition d'art contemporain, Yvon Lambert propose à travers ses éditions des pièces rares, souvent produites en tirage limité.

Parmi ses projets, la collection « Une rêverie émanée de mes loisirs », créée en 1992, rassemble des livres d'artistes, considérés comme des œuvres d'art à part entière, dans lesquels se croisent écriture, image et geste. Son titre fait référence à un texte de Jean-Claude Lebensztejn, qui en a été le point de départ. Yvon Lambert sollicite des artistes afin qu'ils imaginent un livre en écho à ce texte ou à un texte de leur choix, tout en leur laissant une grande autonomie de création. Les quatre premiers ouvrages ont été imprimés à l’Imprimerie nationale française, dans le respect des traditions de la bibliophilie.

Au fil du temps, la collection a évolué : chaque artiste réalise, seul ou en collaboration, un livre conçu comme une œuvre d’art autonome. Ces ouvrages sont tirés à 150 exemplaires, dont 108 sont destinés à la vente, et à ce jour, la collection compte trente-trois volumes. C’est dans ce contexte que s’inscrit 16 Pagine de Giuseppe Penone.

La bibliothèque Jean Laude possède à ce jour 15 ouvrages de cette collection créés par Louise Bourgeois, Jenny Holzer, Anselm Kieffer, Giulio Paolini...

À découvrir sur le site de notre collection en ligne

échos végétaux

Le leporello 16 Pagine est présenté lors de l'exposition Échos végétaux à découvrir du 3 avril au 31 mai 2026 à la bibliothèque Jean Laude, située au 1er étage du musée.

Exposition Échos végétaux

En savoir plus sur la bibliothèque Jean Laude