Week-end Magnétique #03
Une séance de projection suivie d’un échange avec Gernot Wieland, autour de trois films mêlant poésie, humour absurde et mémoire intime pour interroger les normes sociales, le désir politique et les voix marginales.
Portrait of Karl Marx as a Young God (2011) est un documentaire absurde sur le désire politique. Le film consiste en plusieurs collages et dessins avec des commentaires en voix off par un interlocuteur au téléphone. Les images illustrent des épisodes spécifiques de l’histoire récente de l’Allemagne, tandis que la voix off prolonge ces images avec des interprétations absurdes et drôles.
Avec Bird in Italian is Uccello (2021), Gernot Wieland se penche sur sa propre enfance et remarque que, quelle que soit la porosité apparente de la membrane qui sépare les deux espaces, quelle que soit la perméabilité du verre de la vitre qui laisse apparaître le paysage derrière elle, celui-ci reste à distance. Aucun pont ne relie l’intérieur à l’extérieur. La topologie des espaces invisibles dans lesquels nous naissons est à la fois inconsciente et rigide. La contrainte de conformité, qui se projette comme une ombre et détermine les projets de vie, les opinions et les affiliations, est oppressante. Bird in Italian is Uccello est une recherche poétique et sinueuse des traces de souveraineté dans les structures socio-psychologiques qui définissent les sociétés. « Je regarde mon reflet dans la vitre de la voiture. Si ma langue existait, je dirais : l’absence, l’ombre comme véritable image de soi. »
Turtleneck Phantasies (2023) raconte l’histoire d’un écrivain allemand qui a travaillé comme marin sur des cargos et qui, après un naufrage, a passé plus de 30 ans dans des institutions psychiatriques à tatouer ses compagnons d’infortune, principalement des textes et des dessins illisibles. Le thème des tatouages est un véritable fil rouge dans le film de Wieland, reliant différents niveaux biographiques à des souvenirs et des scènes de l’enfance de l’artiste. Ils apparaissent comme une sorte d’obsession, comme une « seconde peau » protectrice, un point d’ancrage et un moyen de se repérer et de se réorienter à la suite d’expériences traumatisantes. Il en résulte une oeuvre complexe qui, de manière apparemment fortuite, mais passionnante et souvent tragicomique, esquisse l’état d’une société, représentant les souvenirs de voix réprimées, inaudibles et oubliées.
Informations complémentaires
- Expositions : Alison Knowles. Une rétrospective, Le verre, au-delà de la matière. Les collections du Cirva et Gernot Wieland. Chants pour les indésirables.
- Renseignements : mamcaccueil@saint-etienne-metropole.fr - Tél. : 04 77 79 52 52.
