Les œuvres... On en parle, on les commente, elles sont analysées, critiquées et décortiquées. Une fois n'est pas coutume, nous donnons aujourd'hui la parole à une œuvre de nos collections. Flattée de cette délicate attention, une jeune fille nommée Tête de jeune paysanne vous raconte en détail et avec pittoresque, les attentions et les soins dont elle a bénéficié.

Faisons les présentations

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Si vous avez visité dernièrement le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole vous me reconnaissez peut-être. Je suis une jeune femme sans nom peinte par un artiste du XVIIIe siècle, lui aussi anonyme. Je réside à Saint-Étienne depuis 1893.

On me connait sous le nom de Tête de jeune paysanne. Je trouve cela un peu réducteur car on voit bien plus que mon visage et êtes-vous si sûrs que je sois une femme des champs ? Ma tenue pourrait aussi être celle d’une servante. Finalement, peu m’importe. Vous l’aurez compris, je suis une femme du peuple. Au XVIIIe siècle, les artistes adoraient nous peindre de manière pittoresque et charmante. Ne le suis-je pas ?

Une rencontre décisive

Récemment on est venu me rendre visite dans la réserve du musée où je tiens salon sur une grille en compagnie d’autres peintures de mon siècle.
On m’a scrutée sous toutes les coutures. J’étais gênée car fort peu présentable. Mais j’appris à cette occasion que j’allais être montrée au public dans une exposition sur Maurice Allemand, l’ancien directeur du Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne. Cela m’a fait fort plaisir car j’ai bien connu son épouse Geneviève. Elle a pris soin de moi en 1965. Elle a alors découvert que l’on faisait une erreur sur mon compte.

Je ne suis point une peinture sur toile mais bien une peinture sur papier. Mais Geneviève Allemand est une cachottière car elle a maquillé les zones où papier et toile se rejoignent. C’est discret mais si vous regardez attentivement cette photo de moi, vous verrez une différence entre le noir intense sur la toile (à droite) et le noir piqué de blanc sur le papier (à gauche).

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Vers le milieu du XIXe siècle, on m’a en effet marouflée, c'est-à-dire collée sur une toile. D’un format rectangulaire, je suis devenue ovale et j’ai reçu ce magnifique cadre en bois doré. J’adore la finesse de ses guirlandes que je ne cesse de contempler. Je pense devoir ces magnifiques atours à monsieur Souty, peintre et doreur à Paris sous Napoléon III. En effet, il a laissé dans mon dos une carte de négoce ou carte de visite si vous préférez.

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L’apprêtement

J’ai eu la chance de bénéficier de soins délicats afin d’apparaître sous mon meilleur jour. Pour ce faire, on m’a dévêtue de mon cadre. Quelle étrange sensation !

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Mon dos a été dépoussiéré et les dépôts accumulés entre ma toile et mon châssis ont été retirés. Il était grand temps car ils devenaient douloureux et commençaient à déformer ma toile.

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J’ai retrouvé mon teint clair et le rose de mes joues grâce à un nettoyage. Je n’étais pas rassurée ; je ne quittais pas des yeux la restauratrice. 

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Ce traitement a été bénéfique et a aidé à atténuer le chanci de mon vernis, ce voile blanchâtre qui me recouvrait. Les boucles de mes cheveux ont retrouvé leur blondeur sur le fond sombre.

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Mon oreille droite présentait un disgracieux soulèvement de vernis. Heureusement tout a été remis en place.

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Enfin, à mon grand dam, le vernis qui me recouvre avait jauni en laissant des traces de coulures. J’étais malheureuse car toute ma poitrine en était recouverte. Là-aussi, le résultat a été au-delà de mes espérances. Je vous montre mais ne vous attardez pas trop sur mon décolleté !

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Avant de me remettre dans mon cadre, on a pris soin de recouvrir la feuillure d’un ruban toilé. La feuillure, c’est ce petit décrochement dans lequel je viens m’insérer. Le bois nu ne cessait de provoquer des griffures sur mes bords. 

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Me voilà prête à rejoindre les salles d’exposition !

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Même si je reste anonyme, j’espère que je ne suis plus pour vous une inconnue. Venez me rendre visite dans l’exposition Maurice Allemand, ou comment l’art moderne vint à Saint-Étienne (1947-1966). Cela me ferait grand plaisir. J’y demeure jusqu’au 3 janvier 2021. 

La jeune paysanne

PS : j’adresse ici tous mes remerciements à ma restauratrice Julie Barth.
 

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