Le Musée d’art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole conserve une collection de près de 23 000 oeuvres. Elle est présentée sous la forme d’accrochages thématiques, renouvelés environ une fois par an. L’exposition À déchiffrer. Suivre les traces dans les collections s’intéresse aux méthodes de l’histoire de l’art – leurs limites et leurs mutations – afin d’interroger les conditions de la transmission au musée. L’accrochage est transchronologique et paritaire afin de montrer différents pans de la collection du MAMC+ en faisant dialoguer des pièces emblématiques, des acquisitions récentes et des oeuvres peu ou encore jamais présentées.

En 1980, l’historien et médiéviste Carlo Ginzburg écrit un essai sur le développement de ce qu’il nomme le « paradigme indiciaire » au XIXe siècle. Il y retrace l’émergence de disciplines – principalement des sciences humaines – fondées sur l’analyse de détails, de fragments dont le recoupement mène à une vérité ou à une conclusion plus globale. Carlo Ginzburg rapproche les méthodes du détective Sherlock Holmes, telles qu’elles sont décrites par l’écrivain Conan Doyle, à celles de Sigmund Freud ou encore de l’historien d’art Edward Wind. Chacune de ces trois figures a fait du déchiffrement le fondement de son travail. L’histoire de l’art s’élabore initialement autour de ce que l’on appelle l’attributionnisme, c’est-à-dire l’identification de la paternité ou de la maternité des oeuvres par l’étude de leur style. Elle constituerait une discipline du déchiffrement. Si le domaine a largement évolué depuis le XIXe siècle, le principe d’analyser une image ou un objet perdure.

Dans un musée, chacune des oeuvres conservées est accompagnée par un ensemble de données qui permettent de la situer dans son contexte de réalisation, à la fois temporel et géographique. Ces éléments indiquent également la provenance des oeuvres de la collection, c’est-à-dire les différentes étapes qui les ont menées de l’atelier de l’artiste au musée. Chacune de ces étapes apporte de nouvelles strates de significations. Plus largement, chacun des regards portés sur les objets sont susceptibles d’en épaissir le sens. Si cette idée peut sembler risquée et vectrice d’erreurs, d’anachronismes et de surinterprétations, elle est en réalité essentielle pour maintenir l’objet dans un régime de visibilité et d’intérêt ; plus l’objet est vu, plus il est considéré, plus il a de chance d’être potentiellement étudié et approprié par la société qui le conserve et l’entretient. Chaque regardeur ou regardeuse a donc la liberté d’apporter sa pierre à l’édifice, à travers son point de vue unique, nourri par son expérience et sa sensibilité.

Commissariat

Zoé Marty
L’exposition est conçue par Zoé Marty, conservatrice du patrimoine et responsable du service collections au MAMC+ depuis août 2022. Formée à l’École du Louvre et à l’Institut national du patrimoine, elle a travaillé au musée des Beaux-Arts de Rennes et au musée des Beaux-Arts de Lyon où elle a collaboré à plusieurs expositions. À Saint-Étienne, elle a été commissaire de Hors Format – Collections en chantier qui proposait un retour sur l’ambition contemporaine du musée tout en mettant en scène les coulisses du travail de conservation. Parallèlement, elle a publié des articles sur la représentation animale au XIXe siècle, au prisme du genre et de la violence. La question du matrimoine et de la valorisation des créatrices constitue un enjeu essentiel dans ses recherches, ses interventions et ses projets.