L'exposition Robert Morris. The Perceiving Body / Le corps perceptif consacrée au sculpteur américain Robert Morris a ouvert ses portes au public le 1er juillet. Une exposition pensée par le curateur indépendant Jeffrey Weiss en étroite collaboration avec l'artiste lui-même avant son décès en 2018 et mise en œuvre par Alexandre Quoi, commissaire associé de l'exposition et responsable du département scientifique du MAMC+.

1er jour : L'aventure commence

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Je descends en salle où précédemment se trouvait l'exposition Entrare nell'opera. Les œuvres des artistes de l'Arte Povera ont été retirées et les parois repeintes. Seule présence entre les murs du Musée, de massives caisses jaunes, rouges, en bois, transparentes... La plupart ont fait un long voyage avant d'arriver jusqu'à Saint-Étienne.

Elles contiennent les sculptures de l'artiste américain Robert Morris.

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L'atmosphère semble en suspens, comme ensommeillée. Je remarque une dissonance entre l'aspect "cargo" des caisses et ce qu'elles renferment.

2e jour : Les fantômes sont au Musée

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10 h du matin, le chargé d'exposition vient me chercher dans mon bureau pour l'installation de ce qu'il appelle les "fantômes". Je suis très étonnée de ce terme, mais le trouve immédiatement poétique. Toute la fantasmagorie, les croyances, les récits, les films liés à ces spectres me reviennent en mémoire. L'idée que les œuvres elles-mêmes puissent avoir leur fantôme me plaît beaucoup. En effet, les œuvres d'art ont bien souvent quelque chose d'incarné. Elles sont le produit du vivant et interagissent avec le spectateur indépendamment de l'artiste.

En réalité, ces "fantômes" sont des patrons à échelle 1. Ils sont placés au préalable dans l'espace d'exposition afin de visualiser et de déterminer l'accrochage.

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10 h 30, les monteurs font leur entrée en salle afin de définir l’emplacement exact des points d'accroche à l’aide d’outils de mesure et de lasers. Les fantômes en papier kraft sont déployés sur les murs et les silhouettes des futures œuvres flottent dans l’espace d’exposition.

2e jour (suite) : La livraison

En fin d'après-midi, le chargé d’exposition revient dans mon bureau. La livraison par camion d’une œuvre majeure arrive beaucoup plus tôt que prévu ; annoncée pour 21 h elle arrivera finalement à 17 h. Nous descendons sur le parvis où déjà, une partie de l’équipe du MAMC+ est prête au déchargement. Peu de temps après, le transporteur apparaît sur la route menant au Musée. Les caisses sont déchargées et déposées dans les espaces d'exposition.

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4e jour : Une exposition miniature

Le lendemain matin, je découvre dans une des salles, une maquette en cours de création. L'une des monteuses de l'exposition, Justine, est en charge de sa construction. 

Cette étude est un plan en volume à l'échelle 1/4 de l'œuvre livrée hier, Untitled (Scatter Piece). Elle est composée de 4 parois et de 2 personnages et sera le lieu d'expérimentations pour le prochain montage. À l'image de l'œuvre réelle, elle va peu à peu apparaître dans une constellation de formes, de matières et de couleurs.

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4e jour (suite) : Une exposition grandeur nature

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15 h, le montage d'Untitled (Portland mirrors) commence. Les poutres en sapin arrivées le matin même, viennent compléter une installation de 4 miroirs placés dès le premier jour. L'équipe des monteurs pose ces structures en bois selon un placement géométrique en losange qui traverse de part et d'autre l'espace depuis chaque milieu des murs de la salle. L'installation est musclée et méthodique, respectant un jeu précis de perspectives.

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Par la suite certaines poutres seront interchangées pour l’esthétique de l’ensemble et les miroirs positionnés au millimètre près.

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5e jour : Un bazar organisé

Untitled (Scatter Piece) est prête à prendre forme dans l'espace d'exposition. Le montage débute aujourd'hui et va durer 4 jours, capturé dans une vidéo timelapse d'une minute. L'équipe est composée de deux monteurs, Justine et Boris, qui vont reproduire à partir des expérimentations de la maquette, la dispersion des 200 éléments qui composent l'œuvre.

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Au fur et à mesure, je remarque des groupements de matières presque indépendants de l'ensemble, comme des compositions abstraites.

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5e jour (suite) : Les fantômes ont disparu

La légèreté du kraft a été remplacée par la chair lourde et épaisse du feutre. Les œuvres n’ont plus l’air de flotter mais bel et bien d’être soumises à la gravité.

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6e jour : La "piscine"

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Depuis plusieurs jours j’entends parler de la "piscine". J'imagine une installation composée d’eau. En réalité rien de tout cela. L'œuvre s'appelle Untitled. Son surnom lui vient de sa forme en bassin. En effet, cette sculpture est composée de 4 grandes plaques en aluminium assemblées par de larges boulons qui forment comme des coutures de fer.

Dans l'après-midi, cette pièce qui fait partie de la collection du Musée sera installée dans le hall d'entrée.

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8e jour : La fin d'une étape

Vendredi 19 juin, tous les éléments d'Untitled (Scatter Piece) sont placés, immobiles et figés. Comme une photographie sur laquelle le révélateur aurait agi le temps de 4 jours, le processus est à présent stoppé. Les métaux précédemment nus sont maintenant dissimulés en partie par des morceaux de feutre d'un noir profond qui absorbent la lumière et créent des trous visuels dans l'ensemble.

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Dernière photo avant le démantèlement de la maquette.

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10e jour : L'œuvre de l'affiche

Ce dernier jour a quelque chose de symbolique : d'une part parce qu'il clôture près de deux semaines de montage, d'autre part parce que la dernière sculpture placée est la première œuvre que j'ai vue de l'exposition. Les visiteurs la reconnaîtront certainement. En effet, elle est "l'œuvre de l'affiche" qui se trouve en ville, dans les abribus, dans les transports en commun et dans les journaux.

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La pose d'Untitled (Mirrored Cubes) est délicate et précise. Les cubes de miroir sont agencés en carré les uns en face des autres. Ils produisent un jeu de reflets à l'infini et de décomposition de l'espace extérieur.

À la fin de la matinée, toutes les œuvres de l'exposition sont en place. Comme des acteurs attendant le lever de rideau pour la présentation d'une nouvelle pièce de théâtre, les œuvres sont prêtes, immobiles et parfaites pour la monstration au public. 

Mais avant, il reste encore quelques derniers réglages à effectuer...

Derniers réglages

Les jours suivants sont consacrés au peaufinage de l'exposition. Exceptionnellement, la lumière est tamisée, lui conférant ainsi un caractère intime et mystérieux. Les textes de salles en français et en anglais sont placés aux murs. Des visites avec le commissaire associé, Alexandre Quoi, sont organisées pour l'équipe de médiation culturelle.

Je découvrirai plusieurs semaines plus tard que la maquette et les fantômes n'ont pas quitté le Musée. Ils ont trouvé une seconde vie dans l'atelier de médiation, utilisés dans les activités avec le jeune public.

À très vite au MAMC+

J’espère que  cette exploration personnelle des coulisses du montage vous aura plu et donné envie de venir découvrir l’exposition.

Œuvres de Robert Morris : © 2020 The Estate of Robert Morris / Artists Rights Society (ARS), New York/ Adagp, Paris 2020.

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